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Un dimanche de printemps, François traverse le bourg endormi de Féchain au volant de son Société Française Vierzon. L'aspect et la sonorité de l'engin réveillent soudain les curiosités. Apportant la confirmation de l'intérêt pour ce type de mécanique, en l'occurrence un semi diesel à boule chaude. L'essai d'un de ses plus dignes représentants, le 302, nous a laissé de chaleureuses impressions.

par Jean Pierre Noret - Photos: Philippe Montigny

Si les origines de la Société Française de Matériel Agricole et Industriel de Vierzon remontent à 1948, elle ne commencera à produire des tracteurs que vers 1934. Auparavant, l'entreprise a acquis sa réputation en construisant des batteuses, presses, locomobiles et autres matériels agricoles mais aussi industriels comme l' indique son appellation. Groupes électrogènes, moteurs à explosion, gazogènes sortent également de ses ateliers.
Simplicité, robustesse, sécurité, longévité autant d'atouts vantés dans les documentations d'alors, à propos de la motorisation de type semi diesel à boule chaude choisie par la firme. Un choix très inspiré du modèle allemand Lanz, le premier à l'avoir adopté à l'usage agricole.

VIERZON: la légende.

Lanz, le rival de toujours, sera repris par John Deere et Société Française par Case. La production cessera au début des années 60. Pourtant l'histoire est en marche et, plus de trente ans après, on peut encore parler du mythe Vierzon. En admettant que le marque figure au firmament de l'histoire du machinisme agricole, encore fallait -il déterminer le modèle le plus représentatif de sa production.

D'autres auraient leur place ici, mais le 302 reste sans doute celui qui fut le plus produit et, par conséquent, le plus connu des SFV. En fait, ce tracteur correspondait aux besoins de l'exploitation agricole moyenne de l'immédiat après guerre. Dans les gammes précédentes on trouvait déjà des modèles de 25 à 30 ch., les H2 puis HV2. Cependant, l'arrivée du 302, leur successeur, coïncidera au développement de de la catégorie.

Des engins de puissance supérieure, forts de leur 40 ou 50ch, participent alors aux travaux des champs dans des fermes importantes. Mais c'est attelés à une batteuse et une presse qu'ils font merveille. Un 302 possède également une poulie de battage sous le cache latéral en tôle frappé du sceau de la marque. Pourtant, lorsqu'il s'agit d'emmener une batteuse Merlin n°:5 et une presse Brouhot, il faut bien avouer qu'il s'avère un peu juste.

Un troupeau de 34 chevaux.

Souvent encouragé par son entrepreneur de battage, satisfait à juste titre d'un plus gros modèle genre 551, l'agriculteur à la tête d'une exploitation moyenne se tourne vers ce compagnon motorisé. Doté en option d'un relevage arrière hydraulique permettant de porter les outils, maniable, même si ce terme doit se replacer dans le contexte, le 302 se présente comme le tracteur de la situation. Développant sa gamme vers le bas, la marque sortira en 1953 un modèle d'une vingtaine de chevaux, le 201, qui connaîtra aussi le succès.

La documentation fait état de 27 ch. à la barre (en traction) et de 32 ch. à la poulie. Mais on précise que sa puissance continue en pointe peut atteindre 34 ch. ! On note que le blocage de différentiel constitue, en cas de difficulté extrême, un moyen efficace pour vaincre les résistances exceptionnellement élevées. Heureusement, les conditions clémentes de notre essai ne nous ont pas obligés à en passer par là.

Installé majestueusement au bout du champs, le 302 a un gabarit assez imposant pour un tracteur de classe moyenne. Il n'a toutefois pas L'aspect massif de ses aînés d'avant guerre aux lignes taillées à la serpe. Si son allure paraît plus travaillée, ce ne devait pas être l'exigence principale de la SFV. Les générations suivantes disposeront de capots en plastique aux phares intégrés, mais elles n'auront pas pour autant laissé un souvenir impérissable. Gris à roues rouges tout au début, les derniers Société reprendront au final les couleurs Case, beige et orangé. Avec sa livrée verte à roues jaunes, la génération du 302 est la plus représentative de la marque.

Le 302 que nous avons essayé date de 1956.
Tout en représentant l'une des ultimes versions, il n'en possède pas pour autant le fameux relevage hydraulique. C'est donc attelé à un cultivateur Deering traîné que nous avons évolué.

Apprentissage obligatoire

Avant toute chose François et son copain Jean Paul ont satisfait au traditionnel cérémonial du démarrage. Tout d'abord une cinquantaine de tours de manivelle, vingt en utilisation quotidienne, pour huiler l'ensemble des pièces mécaniques depuis la "centrale de graissage". Puis il faut chauffer la boule à l'aide d'un chalumeau. En démarrant à l'essence, on peut utiliser une batterie et un vibreur provoquant une étincelle. Cependant ce système, à la fiabilité relative, ne connaît qu'un faible engouement et les puristes lui préfèrent la méthode traditionnelle. Une fois la mécanique lancée, encore faut-il que ce soit dans le bon sens: c'est à dire contraire aux aiguilles d'une montre. Fréquemment le moteur s'élance dans le sens opposé, la lubrification ne se voit plus alors assurée et il faut corriger le tir en agissant sur la commande de pompe d'injection. Nous nous contenterons d'observer cette phase essentielle qui laisse apprécier à sa juste valeur l'utilité du démarreur électrique.

L'avis du propriétaire:

Passionné de la marque, François possède une véritable écurie de SFV. Il est bien sur membre de l'Amicale SFV tout comme son ami Jean Paul. Dans son garage, se côtoient des FV1, 201, 302, 402, 551 plus un HV2 en cours de restauration dans son atelier. L'origine de ce type de motorisation, François l'explique par l'inexistence de démarreurs électriques et de batteries assez puissantes que peut réclamer le lancement d'une telle cylindrée. Les difficultés rencontrées pour démarrer les diesels ajoutées au coût du pétrole orientèrent donc vers des solutions intermédiaires. De lus, ce moteur , simple de conception, pouvait fonctionner avec de nombreux types de carburant. Finalement elle n'a que des avantages cette belle boule chaude !!!

Agitateur des champs

Le ralenti atteint, de multiples trépidations bercent le Société, le mouvement se faisant d'avant en arrière. Au contraire d'un Lanz dont le moteur tourne dans le sens des aiguilles d'une montre et qui se voit plutôt animé de mouvements verticaux. Mais de toutes façons, nous ne sommes pas là pour nous endormir. Alors, passons aux commandes.
Une fois installé au volant, on a vite fait le tour du propriétaire: l'instrumentation se révèle réduite à sa plus simple expression. Si le bruit d'un semi diesel a quelque chose d'envoûtant, le revers de la médaille ce sont les vibrations, présentes à tous les régimes. Source d'ennuis physiques pour le conducteur et de casse mécanique pour les outils, ce problème fut l'une des principales causes de l'abandon de ce type de motorisation.
Autre petit souci constaté: le maniement de la boite de vitesses qui requiert un certain doigté. Pour passer outre ces difficultés nous avons effectué le travail aux champs sur le deuxième rapport et le tracteur s'est acquitté de sa tâche sans broncher. Avec un peu plus de pratique, la maîtrise de l'engin semble à la portée du plus grand nombre. En fait, comme pour le cheval de trait qu'il a remplacé, le 302 sait se montrer coopératif à condition qu'on ne le brusque pas.
En tout cas, il ne nous aura laissé que de très bonnes impressions, assez vives même, pour ne pas dire remuantes . . . .

courtoisie: RETRO HEBDO numéro 58 du 16 avril 1998

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